L’Argentine se réveille lentement. Et elle marche. Un demi-million de personnes se sont rendues à la « Marcha del Silencio », une manifestation organisée par cinq procureurs en hommage à Alberto Nisman, leur collègue mort dans des circonstances étranges.

Une société qui en a assez de la politique télénovela orchestrée par la Présidente Cristina Fernández, une société fragmentée descendue dans la rue dans tout le pays.

Une partie vouée au culte de Fernández dont les politiques éloignent l’Argentine de la prospérité croissante sur le continent, et l’autre partie qui se réveille lentement, désespérée de fuir une situation politique de plus en plus insupportable.

C’est une année électorale et la crispation grandira de plus en plus, la discussion constructive n’existe pas. Toute critique – une chose normale dans une démocratie – contre l’exercice du pouvoir de Fernández représente une sorte de coup pour le gouvernement. Coup doux, coup médiatique… en tout cas c’est infâme. La simple couverture occasionne des réactions qui laissent atone n’importe quel observateur.

Ce culte d’adolescent voué à Fernández – mêlé à la figure historique d‘Eva Perón – ne serait pas grave s’il s’agissait vraiment d’adolescents qui délirent. Mais ce n’est pas le cas et une véritable icône de la gauche mondial, l’Uruguayen Mujica l’a dit clairement.

Mais au-delà de l’incrédulité et du désintérêt international, l’Argentine souffre sous une caste politique de cour caudilliste. L’Argentin moyen croit réellement que les étrangers, les vautours, le Mossad, la CIA, et d’autres ont décidé de s’occuper de la situation de l’Argentine. La réalité est que si le pays se retrouvait dans un chaos et disparaissait demain, les Bourses de New York ou de Londres n’enregistreraient pas de pertes.

Toutefois, Cristina a bien un soutien : celui de Caracas, un autre pays exemplaire qui réussit et qui respecte le civisme. Mais cette solidarité aura peu d’utilité car nombreuses sont les personnes qui se sont aperçues que le discours ambivalent pseudo-gauchiste est une invention et que le délitement de la société montre clairement qu’il n’y a pas de projet pour le pays. Le « diviser pour mieux régner » n’est pas digne d’un dirigeant censé aimer la patrie, cet amour que met en avant aussi bien Maduro que Fernández. Leurs aûmones faites aux plus pauvres leur garantissent une réélection. Et alors qu’un calvaire de plus en plus compliqué attend le Vénézuela, l’Argentine pourrait se libérer de sa tragédie nationale au début de cette année mais ce n’est pas comme si l’opposition se distinguait par sa grande vision ou un rôle fort durant ces moments difficiles pour le pays. Il manque donc des voix puissantes et entreprenantes. Panorama bien sombre dans le Sud.

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